Face aux informations relayées dans certains médias et sur les réseaux sociaux, les ministères de la Sécurité et de la Justice et des Droits Humains ont, via un communiqué datant du 22 août 2026, éclairer l’opinion sur l’interpellation de trois membres d’une équipe de tournage et l’état d’avancement de la procédure judiciaire. Ils travaillaient sur le documentaire Les Routes de l’impossible, produit par la société française Tony Comiti Productions. Le communiqué indique que l’équipe disposait d’une autorisation de tournage délivrée par le ministère chargé du Tourisme, de la Culture et des Arts. Mais cette autorisation était limitée à certaines localités et ne couvrait pas les zones où les trois hommes ont été interpellés. Ils auraient également utilisé un drone dont les caractéristiques n’avaient pas été déclarées au préalable. Selon les ministères de la Sécurité et de la Justice, plusieurs irrégularités ont été relevées au cours de l’enquête. Les trois intéressés ont été présentés au parquet de Lomé le 17 août et inculpés pour « fausses déclarations ».
Un juge d’instruction a ouvert une information judiciaire et délivré des mandats de dépôt à leur encontre. Les autorités précisent que la procédure ne concerne ni le contenu du documentaire ni l’exercice de la liberté de la presse. Elles assurent que les droits de la défense, la présomption d’innocence et les garanties prévues par la loi sont respectés. Voici l’intégralité du communiqué.
Communiqué
À la suite des informations relayées dans certains médias et sur les réseaux sociaux au sujet de l'interpellation de trois membres d'une équipe de tournage, le ministre de la sécurité et le ministre de la justice et des droits humains portent à la connaissance de l'opinion nationale et internationale les précisions suivantes sur les circonstances de cette affaire et l'état de la procédure en cours.
Le 27 juillet 2026, les trois intéressés ont été interpellés par des agents de sécurité au marché de Matchatom, dans la préfecture de la Binah, alors qu'ils y menaient des activités de tournage, notamment au moyen d'un drone dont les caractéristiques n'avaient pas été déclarées au préalable. Le 4 août 2026, une équipe de la Brigade de recherche et d'investigation (BRI) de Kara a conduit les intéressés à Lomé et les a mis, avec le matériel saisi, à la disposition de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). La DCPJ a rendu compte de la situation au procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Lomé, qui a prescrit l'ouverture d'une enquête.
I. Principaux éléments établis par l'enquête
Les investigations ont établi que les trois intéressés intervenaient dans le cadre d'un projet de film documentaire intitulé <<< Les Routes de l'impossible», pour le compte de la société de production française Tony Comiti Productions.
Les deux ressortissants français, ainsi que leur collaborateur togolais, se prévalaient d'une autorisation délivrée par le ministère chargé du Tourisme, de la Culture et des Arts. Cette autorisation, en date du 19 juin 2026, avait été signée au seul nom de M. VEDOMEY Komi Mawufemo, producteur-réalisateur togolais et unique requérant identifié, et assortie d'instructions précises quant aux formalités administratives obligatoires en République togolaise.
L'enquête a toutefois révélé que cette autorisation était strictement limitée à des localités déterminées et ne couvrait ni Mango (Région des savanes), ni Guérin-Kouka, ni Matchatom (préfecture de la Binah), lieu même de l'interpellation, où les intéressés se sont pourtant rendus.
Les ministres soulignent à cet égard que certaines des localités survolées sont soumises à un régime de sensibilité sécuritaire particulière, dans le cadre de l'état d'urgence sécuritaire en vigueur au Togo. L'enquête a par ailleurs mis en évidence plusieurs irrégularités dans la préparation et l'exécution du projet, qui ont été portées à la connaissance de la juridiction compétente.
II. Situation judiciaire
Au regard des éléments recueillis, les autorités d'enquête ont retenu l'existence d'indices graves et concordants de nature à justifier l'ouverture de poursuites du chef de fausses déclarations, infraction prévue et réprimée par l'article 680, 5º du nouveau Code pénal.
Les trois intéressés ont été présentés au parquet le 17 août 2026 et entendus par le procureur de la République en présence de leur conseil, qui les assistait déjà depuis le stade de l'enquête préliminaire. Une information judiciaire a été immédiatement ouverte et confiée à un magistrat instructeur, qui a procédé, le même jour, à l'inculpation des trois intéressés du chef de fausses déclarations et a décerné à leur encontre des mandats de dépôt. La procédure suit désormais son cours devant le juge d'instruction compétent, dans le strict respect de son indépendance.
Les ministres soulignent que les faits objet de la procédure ne portent ni sur le contenu éditorial du documentaire, ni sur l'exercice de la liberté de la presse, mais exclusivement sur le respect des dispositions administratives, réglementaires et sécuritaires applicables sur le territoire national. Conformément au secret de l'instruction, les Ministres s'abstiennent de tout commentaire supplémentaire sur les éléments d'enquête et laissent la procédure judiciaire se poursuivre en toute indépendance.
Les intéressés sont détenus en lieu sûr, dans des conditions conformes aux normes et standards internationaux, notamment les principes consacrés par les Règles Nelson Mandela. Ils bénéficient de l'assistance d'un conseil depuis le stade de l'enquête préliminaire, de l'assistance consulaire française, et ont été autorisés à communiquer avec leurs familles.
Les ministres réaffirment l'attachement du Togo au respect de l'État de droit, des droits de la défense, de la présomption d'innocence et des engagements internationaux du pays. Ils rappellent que le respect des dispositions administratives et sécuritaires applicables aux activités de tournage sur le territoire national s'impose à tous, sans considération de nationalité. Ils invitent l'ensemble des acteurs à s'abstenir de toute interprétation prématurée et à laisser la procédure judiciaire suivre son cours en toute indépendance.
Fait à Lomé, le 22 août 2026
Colonel Calixte Batossie MADJOULBA Ministre de la sécurité
Pacôme Yawovi Adjourouvi Ministre de la justice et des droits humains
0 Commentaire(s):
TON OPINION
Modal title
Laisser un commentaire